Adobe Campaign Classic génère une quantité importante de logs à chaque opération, envoi de diffusion, action utilisateur, exécution de workflow. Ces logs sont la mémoire de la plateforme. Savoir les distinguer, les lire et les exploiter est une compétence clé pour tout développeur ou administrateur ACC.
Voici un tour d'horizon complet des principaux types de logs, leurs différences et comment les utiliser efficacement.
Les logs d'envoi. Un enregistrement par destinataire par diffusion. Contient le statut de chaque envoi : envoyé, raté, mis en quarantaine, rebond.
Les logs de tracking. Enregistre les ouvertures, clics, désabonnements et interactions web de chaque destinataire.
Le journal d'audit. Trace toutes les modifications effectuées sur la plateforme : qui a fait quoi et quand. Indispensable pour la gouvernance.
Les logs de workflow. Enregistre l'exécution de chaque activité, les erreurs rencontrées et les transitions entre activités.
C'est la table la plus volumineuse d'une instance Campaign mature. Elle contient un enregistrement pour chaque message envoyé à chaque destinataire. Sur une plateforme active, elle peut atteindre plusieurs centaines de millions de lignes.
La table donne une vue complète du statut de chaque envoi, mais uniquement du point de vue de Campaign. Voici ce qu'elle contient réellement :
iStatus : statut de la tentative d'envoi : 0 (en attente), 1 (envoyé par Campaign), 2 (ignoré), 4 (raté), 6 (mis en quarantaine)iErrorCode : code d'erreur en cas d'échec. Les codes 1–9 correspondent à des types de bounce connus (boîte pleine, domaine inconnu, adresse invalide…)iErrorType : catégorie d'erreur : 1 (inconnu), 2 (non délivré), 3 (non joignable), 4 (indésirable), 5 (refusé), 6 (ignoré)sFailed : le libellé de l'erreur retournée par le serveur distant, souvent extrait de la réponse SMTPtsLastModified : date de dernière mise à jour du statutiMsgId : identifiant unique du message, clé de jointure avec trackingLogiDeliveryId : identifiant de la diffusion parenteC'est la nuance que beaucoup de développeurs Campaign ignorent. Voici ce qui se passe réellement lors d'un envoi :
250 (accepté), 550 (refus définitif), 421 / 450 (refus temporaire)broadLogRcp en conséquence, c'est tout ce qu'il reçoitCe que Campaign ne verra jamais, c'est ce qui se passe après l'acceptation côté FAI. Un code 250 signifie que le FAI a accepté le message, pas qu'il l'a délivré en boîte de réception. Après acceptation, le FAI gère de son côté :
Ces informations appartiennent au FAI, elles ne remontent jamais vers Campaign. C'est pourquoi un taux de délivrance de 100% dans Campaign ne garantit pas que 100% des emails sont arrivés en boîte de réception.
Les journaux MTA Campaign (accessibles selon l'hébergement via Supervision → Messages en cours) contiennent le dialogue SMTP avec les codes de réponse FAI et les messages verbeux, utiles pour diagnostiquer les refus. Mais ils restent limités à la vue Campaign : ce qui se passe après l'acceptation reste opaque.
💡 Réflexe diagnostic : si iStatus = 4 (raté) et iErrorCode = 0 dans broadLogRcp, consultez les journaux MTA, Campaign n'a pas réussi à interpréter la réponse SMTP du FAI. Pour les problèmes de délivrabilité post-acceptation (email en spam malgré un 250), les outils spécialisés comme Postmaster Tools (Gmail) ou SNDS (Microsoft) donnent une vue côté FAI.
⚠️ Point de vigilance : en V8 avec FFDA, broadLogRcp est stockée dans Snowflake. Les requêtes directes sur cette table depuis Campaign peuvent être lentes sur de gros volumes. Privilégiez les cubes et rapports natifs pour l'analyse, et les activités de requête FDA pour les traitements batch.
Les logs de tracking enregistrent toutes les interactions du destinataire avec le message après réception. Ils sont alimentés par le serveur de tracking Campaign (ou Redirect) à chaque ouverture d'email ou clic sur un lien tracké.
iUrlId : identifiant de l'URL cliquée, jointure avec trackingUrl pour récupérer l'URL réelleiLogType : type d'interaction : 1 (ouverture), 2 (clic), 3 (désabonnement), 6 (page miroir)tsLogDate : date et heure de l'interaction, en UTCiMsgId : clé de jointure avec broadLogRcpuserAgent : chaîne User-Agent du navigateur ou client email au moment de l'interactionsSourceIp : adresse IP source de l'interaction (utile pour détecter les bots)iRecipientId : identifiant du destinataire, clé de jointure avec nmsRecipientPlusieurs limitations importantes à connaître pour interpréter correctement les données de tracking :
⚠️ Interprétation : les métriques de tracking Campaign sont des indicateurs, pas des mesures exactes. Sur un volume important, les tendances sont fiables, mais les chiffres absolus (taux d'ouverture surtout) doivent être interprétés avec recul, particulièrement sur des bases avec une forte proportion d'utilisateurs Apple.
💡 Bonne pratique : les ouvertures email sont de moins en moins fiables depuis iOS 15 (Apple Mail Privacy Protection précharge les pixels de tracking). Pour mesurer l'engagement réel, privilégiez les clics plutôt que les ouvertures dans vos analyses.
L'audit trail est souvent négligé sur les projets Campaign, mais il est indispensable sur des environnements multi-utilisateurs ou réglementés. Il trace chaque modification effectuée sur la plateforme : création, modification, suppression d'objets Campaign (schémas, workflows, diffusions, typologies…) et actions des opérateurs.
Dans l'interface Campaign Classic : Administration → Audit Trail. Il est possible de filtrer par type d'objet, opérateur, date et action. Sur des instances V8, l'audit trail est accessible via les mêmes chemins mais stocké différemment.
💡 Usage clé : quand un workflow s'arrête de fonctionner sans raison apparente, l'audit trail est souvent le premier endroit à consulter, quelqu'un a peut-être modifié un schéma ou une option sans le signaler.
Les logs de workflow sont accessibles directement depuis l'interface Campaign, dans le journal d'exécution de chaque workflow. Ils tracent l'exécution de chaque activité, les transitions empruntées et les erreurs rencontrées.
| Log | Quoi | Volume | Rétention | Usage principal |
|---|---|---|---|---|
broadLogRcp | Statuts d'envoi | Très élevé | Configurable | Délivrabilité, quarantaines |
trackingLog | Ouvertures / clics | Élevé | Configurable | Engagement, segmentation |
auditTrail | Actions plateforme | Faible | Long terme | Gouvernance, debug |
wfLog | Exécution workflows | Moyen | Court terme | Debug, optimisation |
La rétention des logs est un sujet souvent sous-estimé. Sur une instance Campaign sans politique de purge, broadLogRcp et trackingLog peuvent saturer la base de données en quelques mois sur une forte volumétrie.
broadLogRcp sans vérifier les dépendances avec trackingLog : la cohérence référentielle peut être impactée.⚠️ Attention RGPD : les logs contiennent des données personnelles (adresses email, comportements de navigation). Leur durée de rétention doit être définie dans votre politique de données et alignée avec votre registre des traitements.
Les logs Adobe Campaign sont bien plus qu'un outil de debug, ils sont la source de vérité sur tout ce qui se passe sur la plateforme. Maîtriser leurs différences, savoir où chercher et comment les interroger est une compétence qui fait gagner un temps considérable sur chaque projet Campaign. Un bon réflexe à adopter : avant de chercher une anomalie dans le code ou la configuration, consultez toujours les logs en premier.
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